Table 1 : Identités et inégalités : état de la diversité culturelle en France

Intervenants : Nada Afiouni, Elise Palomares.

Pour parler de « diversité culturelle » il faudrait d’abord se mettre d’accord sur les critères ethniques, religieux, toutes les différences visibles ? Dès le départ il est compliqué de s’entendre. Aujourd’hui en France, la diversité c’est l’addition de la pluralité individuelle mais le refus de la reconnaissance des groupes. Il est impossible aujourd’hui dans la Constitution française de retranscrire aux groupes les droits des particuliers.

Nada Afiouni a parlé de Stuart Hall et de sa définition de l’identité. Pour lui il y a différents degrés au sein d’une même identité, qui n’ont pas nécessairement besoin d’un noyau cohérent. Aussi l’identité se construit à travers le rapport aux autres. Il faut lutter contre les inégalités qui sont le fruit de l’histoire et reconnaître que la construction des identités y est intimement liée.

Nada Afiouni a également évoqué le cas de la Grande-Bretagne qui tient aujourd’hui un « discours racialisé » notamment à travers ses politiques de recensement, avec l’apparition en 1991 dans le questionnaire du recensement national de la question «De quel groupe ethnique pensez-vous faire partie ?». Sans jugement de valeur, leur position n’est pas meilleure ou pire que la position française. Simplement différente.

Elise Palomares nous a rappelé que le pluralisme égalitaire est aujourd’hui une utopie. Comment abolir cette hiérarchie entre les caractères des individus ? Faut-il gommer les différences pour être égaux ?

On souffre en France d’une idéologie assimilationniste.

Elise Palomares a ramené en avant du débat la question du racisme, qui est pour elle un amalgame entre la morale et l’hérédité. C’est l’idée que l’hérédité détermine des comportements moraux, sociaux, politiques.

Aujourd’hui, l’intérêt des productions culturelles et de déverrouiller ces amalgames.

Il existe une tendance naturelle à l’ethnocentrisme : alors qu’est-ce-qu’on fait des autres ?

Table 2 : Diversité des publics : entre multiculturalisme et stéréotypes.

Intervenants : Anne-Flore de Guyenro, Laurence Izambard, Sébastien Minchin

Qu’il s’agisse d’une structure en centre-ville ou en périphérie, la difficulté d’augmenter la multiplicité des profils de publics est la même. Le but n’est pas de remplir les salles à 100% mais d’en diversifier les utilisateurs. Tous rapportent qu’il est indispensable d’avoir le soutien des politiques publiques de la ville, sans quoi il est impossible de faire avancer les projets.

Leur objectif commun est donc de diversifier les publics.

Chacun essaie de surmonter ses contraintes : l’éloignement physique pour le Rive Gauche et le Cirque Théâtre d’Elbeuf, une réputation négative pour le Muséum. Il faut essayer d’élargir les angles de vue des spectateurs, piquer leur curiosité.

Pour Laurence Izambard, on ressent aujourd’hui une nouvelle énergie, comme un rebond après les récents actes de terrorisme. Il faut rebondir pour réinventer, ne pas se laisser aller.

Il y a selon nos intervenants une absence de militantisme aujourd’hui. Il faut ramener l’énergie, positiver face au morbide qui nous entoure et surtout entretenir cette énergie. Il s’agit de prendre du plaisir à échanger avec intelligence en se retrouvant autour de propositions artistiques. C’est le vivre-ensemble.

Il ne faut pas avoir une pensée unique. Il faut une pluralité d’offres pour répondre à la pluralité des publics.

Pour arriver à tout cela, il faut partir de nos dénominateurs communs afin que les publics puissent recevoir ce que les artistes ou les professionnels de la culture, leur adressent. Il faut s’appuyer sur un socle solide pour pouvoir construire ensemble l’innovation.

Aussi, il faut essayer d’accorder des moments privilégiés pour chaque public, qui répondent à des besoins spécifiques, en fonction d’un rapport particulier à la culture. Il faut permettre au spectateur, au visiteur, de se retrouver dans une position confortable, tout en les traitant à égalité. Même en faisant face à un public singulier, il ne faut jamais le marginaliser.

Tous les trois partagent l’idée que le but principal et premier de toute action culturelle, de toute programmation artistique, doit être de créer des passerelles entre les gens, les origines, les collections, les spectacles.

Tables 3 : Enjeux et mise en pratique de la diversité culturelle.

Intervenants : David Bobée, Myriam Chaïeb, Moïse Touré, Monia Triki.

Pour David Bobée, le social et l’ethnique sont des combats à mener côte à côte. Il ne faut pas chercher à cliver. Nous sommes tous issus de la diversité. Il parle, au sujet des plateaux du spectacle vivant, d’une forme de « racisme de l’oubli ». Un oubli sur les plateaux qui se reflète dans la salle.

Monia Triki, rappelle, elle, que la diversité c’est la pluralité et non la division. Pour elle, ce sont les institutions (notamment les écoles de théâtre) qui produisent des « cercles » de blancs qui travaillent donc entre eux, puisque tout est histoire de réseaux. Les cercles ne s’ouvrent pas. Tous s’accordent à dire que les imaginaires sont bloqués. Il faut pouvoir monter du théâtre élisabéthain avec des comédiens de toutes les origines ethniques.

L’Etat a sa responsabilité dans ces problématiques. Puisqu’on monte des spectacles avec l’argent public qui est celui des impôts de tous les citoyens, pourquoi n’y a-t-il pas de directives pour que la pluralité de ces citoyens soit visible sur les scènes ?

Moïse Touré explique aussi que c’est sa réflexion et sa sensibilité qui le pousse à s’intéresser à la pluralité des individus et non pas la couleur de sa peau.

La France a déresponsabilisé ses artistes, elle les dédouane. Existe-t-il une scission entre l’artiste pédagogue et l’artiste créateur ? L’artiste doit-il être intrinsèquement engagé ?

Aussi la différence doit être faite entre les devoirs de l’artiste praticien et ceux de l’artiste responsable d’une politique culturelle, qui lui « se doit » d’être militant.

Ne pas oublier également que d’un domaine à l’autre, les visibilités de la diversité diffèrent. Myriam nous donne l’exemple des artistes d’art contemporain, qui sont rarement franco-français. Mais cela reste-t-il une minorité ?

Ne pas oublier enfin de faire la différence entre les métiers d’administrateurs culturels et les métiers d’artistes. Les problématiques qui les concernent sont transversales mais sont toutefois traitées différemment.

L’enjeu de tous ces questionnements est de remettre en perspective les représentations et la notion d’altérité.

« Notre modèle républicain est-il encore en capacité de créer du « nous » ? » nous interroge Moïse Touré.

En conclusion de cette journée, il faut donc garder à l’esprit que ces problématiques de représentativité de la pluralité des publics et des artistes, concernent une démarche civique qui nous touchent tous. Nous devons agir au quotidien pour faire bouger les lignes et décloisonner les imaginaires.

 

 

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